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Et si l’Evangile selon Marc avait été écrit par une femme ?

 

Pasteur protestant et spécialiste du Nouveau Testament, François Vouga éclaire sous un jour nouveau le premier des quatre évangiles, en émettant l’hypothèse que son auteur serait une femme.

Propos recueillis par  

Publié le 13 mai 2021 à 07h00 - Mis à jour le 13 mai 2021 à 17h25 

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Guérison de la femme hémorroïsse, catacombes de Rome.
Guérison de la femme hémorroïsse, catacombes de Rome. WIKIPEDIA

Entretien. François Vouga, professeur de théologie spécialiste du Nouveau Testament aux universités de Wuppertal et de Bielefeld (Allemagne), aime prendre les textes bibliques de biais. Dans Moi, Paul ! (Bayard, 2005), il imaginait déjà une confession de l’apôtre ; puis, dans Evangile et vie quotidienne (Labor et Fides, 2006), il revisitait le Nouveau Testament afin d’en montrer la portée concrète pour nos contemporains.

C’est, en quelque sorte, un mélange de ces deux intentions qui constitue son dernier ouvrage, L’Evangile d’une femme. Une lecture de l’Evangile de Marc (écrit avec la pasteure Carmen Burkhalter), essai littéraire singulier dans lequel ce pasteur protestant tente de se mettre dans la peau de l’autrice possible de l’Evangile selon Marc.

 

Un essai littéraire relatant l’écriture de l’Evangile selon Marc, qui aurait été une femme : comment est né ce projet original ?

François Vouga. L’idée que l’Evangile de Marc ait été écrit par une femme m’est venue il y a plusieurs années, en raison du constat de la place particulière que les femmes y occupent. Il y a d’abord le fait que ce sont les femmes qui relaient les « apprentis », les disciples, et accompagnent Jésus dans le récit de la Passion et de la mort. Par rapport aux trois autres Evangiles, le texte de Marc est par ailleurs le seul à évoquer le cheminement intérieur, précisément, de plusieurs femmes.

Mais c’est un hasard qui m’a conduit à concrétiser ce projet : alors que je voulais écrire un livre sur la théologie du premier Evangile, les interventions de Carmen Burkhalter dans un groupe de réflexion en Suisse romande, que l’on retrouve dans les interludes de l’ouvrage, ont contribué à en faire évoluer la forme – le livre émane donc de nos échanges.

L’idée d’une fiction littéraire m’a paru intéressante, car elle permet d’interroger la logique qui sous-tend la construction du récit, que l’exégèse, en prenant le texte comme un donné, ne questionne jamais. J’ai donc imaginé que son autrice était une femme mariée, mère de deux enfants et, comme l’Evangile semble être né dans un milieu non juif entre Jérusalem et Rome, j’ai opté pour Syracuse.

Pourquoi tenez-vous à aborder cet Evangile comme un texte littéraire, et même poétique ?

On réduit parfois les Evangiles à des relations de faits, ce qui crée d’ailleurs des difficultés dans la manière dont ils sont reçus. Je me suis aperçu que ces débats, notamment sur le sens des récits de miracles, pouvaient être abordés de façon beaucoup plus simple si l’on appréhendait ces écrits comme des constructions littéraires. Il m’a semblé qu’une telle démarche était en particulier importante pour le premier des Evangiles sur le plan chronologique, celui de Marc, rédigé quatre décennies après la mort de Jésus.

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