رابطة قدامى الإكليريكية البطريركية المارونية

«Il ne faut pas réduire la question de la place des femmes dans l’Église à l’ordination de femmes prêtres»

 

FIGAROVOX/ENTRETIEN - La journaliste Bénédicte Lutaud est partie sur les traces des «femmes de papes», ces religieuses, archivistes, théologiennes… qui ont marqué l’histoire récente de l’Église. La question de la place des femmes dans l’Église, comme pour tout baptisé, doit se poser selon elle en termes de «service» et non de recherche de «pouvoir».

Bénédicte Lutaud vient de publier «Femmes de papes» aux éditions du Cerf. Ed. du Cerf / Wikimedia Commons
 

Bénédicte Lutaud est journaliste au Figaro. Elle publie Femmes de papes aux éditions du Cerf.

 

FIGAROVOX.- Vous avez enquêté sur la présence des femmes au Vatican, à travers l’histoire et aujourd’hui. Vous avez été surprise d’en trouver davantage que ce vous n’aviez imaginé! Pourquoi?

Bénédicte LUTAUD.- Le Vatican reste au premier abord un milieu très clérical et donc, presque exclusivement masculin. C’est en écoutant de nombreux discours de François, tandis que je couvrais quotidiennement l’actualité du Vatican, accréditée au Bureau de presse du Saint-Siège pour l’agence I.Media, que j’ai réalisé combien ce pape insistait sur la nécessité de faire «une place plus incisive» aux femmes dans l’Église, y compris au sein de la Curie romaine, le «gouvernement» du Vatican. J’ai commencé à m’intéresser à cette thématique au travers d’articles et j’ai alors découvert qu’à partir de Paul VI, le Vatican avait davantage ouvert ses portes aux femmes, et que 20 % d’entre elles travaillaient en 2014 au sein du petit État. Toutefois, très peu d’entre elles accèdent à des postes à responsabilité et notamment à la direction de dicastères, les «ministères» de la Curie romaine.

Le pape François a nommé, ces dernières années, de plus en plus de religieuses et de laïques à ces postes.

Le pape François a cependant nommé, ces dernières années, de plus en plus de religieuses et de laïques à ces postes. Derniers exemples en date: Francesca Di Giovanni, première femme à accéder à la direction de la Secrétairerie d’État du Saint-Siège - le «ministère de l’Intérieur» du Vatican - en janvier 2020, et tout récemment la Française Nathalie Becquart, à la direction du Synode des évêques… J’ai aussi eu la joie de travailler avec une femme nommée - là aussi, c’était inédit - numéro deux du Bureau de presse du Saint-Siège, une ancienne journaliste. Auparavant, ce poste avait toujours été traditionnellement réservé à un prêtre. Par ailleurs, lorsqu’est né mon projet de livre, j’ai réalisé qu’il y avait eu de nombreuses femmes, au fil des siècles, qui avaient eu une influence considérable sur l’histoire de l’Église ou auprès des papes. Paradoxe: toutes avaient fait l’objet de véritables réticences de la part de hauts prélats de la Curie romaine, jaloux de la confiance que leur assurait le Saint-Père…

Cette série de portraits que vous publiez commence avec l’histoire d’Hermine Speier, une archéologue nommée par Pie XI à un poste important dans la bibliothèque du Vatican. Celle qu’on surnomme «Monsignorina» est-elle une exception dans cet univers clérical essentiellement peuplé d’hommes?

C’est une exception à bien des égards. Tout d’abord, en effet parce que c’est une femme. Au début des années 1930, très peu de femmes ont accès au Vatican. Celles qui y travaillent obtiennent des postes très peu qualifiés. Ce sont davantage des «petites mains»: décoratrices florale, cuisinières, dactylos… Hermine Speier, elle, va être embauchée à un poste hautement qualifié, aux archives photographiques des Musées du Vatican - c’est elle qui va même les ordonner et les constituer dans leur forme moderne. C’est inédit. Toutefois, son embauche est exceptionnelle pour d’autres raisons: Hermine est étrangère, allemande, or à cette époque le Saint-Siège a pour habitude de n’embaucher que des Italiens. Enfin, et surtout, Hermine est juive. Enfin, si elle est embauchée pour son expertise, c’est aussi une façon discrète, pour le Saint-Siège, de la protéger. En effet, elle exerçait auparavant comme archéologue à l’Institut archéologique allemand (DAI, en allemand) de Rome et les lois nazies ont subitement interdit aux Juifs allemands tout poste de la fonction publique, y compris à l’étranger. Le directeur de la DAI est contraint de licencier à contrecœur sa meilleure employée. Mais il aura l’idée géniale de la faire embaucher par son ami Bartolomeo Nogara, le directeur des Musées du Vatican de l’époque.

En élevant le jour de la sainte Marie-Madeleine au rang de fête, le pape François l’élève au même rang que les apôtres.

«Depuis quelques années, une véritable révolution interne à l’Église catholique est en marche» au sujet de la place des femmes. À quoi en jugez-vous? Le pape François l’a-t-il accélérée?

De mon point de vue, c’est le pape François qui a encouragé cette révolution. Dès son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, texte programmatique de son pontificat, François invite à réfléchir «au rôle possible de la femme là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église». Depuis son élection, il multiplie les discours en ce sens mais joint aussi le geste - et les réformes - à la parole.

Il va changer les choses tout d’abord du point de vue théologique - en témoigne sa décision de faire de la sainte Marie-Madeleine, première témoin de la Résurrection du Christ, une fête et non plus une simple «mémoire obligatoire», afin de l’élever au même rang que les apôtres et montrer l’importance que le Christ donnait aux femmes de son époque. Il mène aussi des réformes sur le plan liturgique - par exemple, en inscrivant au missel romain la possibilité lors de la messe de la Cène, de laver les pieds de femmes et non plus seulement de 12 hommes, et en montrant lui-même l’exemple à Rome. Il a également, tout récemment, institué les ministères permanents de femmes acolytes et lecteurs ; une première réponse aux religieuses et évêques qui réclamaient des formes de «ministères» institués pour les femmes, lors du Synode sur l’Amazonie. Enfin et surtout, il mène une réforme structurelle, en nommant de nombreuses laïques et religieuses à des postes à responsabilité au sein du Vatican. Ces nominations se sont accélérées à compter de l’année 2016, quand par exemple, Barbara Jatta fut nommée première directrice des Musées du Vatican de leur histoire!

Paul VI est le premier pape à réellement ouvrir les portes du Vatican aux femmes.

C’est ce contexte qui va encourager ces baptisées à élever la voix pour réclamer davantage de place aux femmes dans l’Église. Ce n’est pas un hasard si c’est aussi en 2016 que les religieuses de l’Union internationale des supérieures générales (UISG) demandent explicitement au pape François d’instituer une commission pour étudier le cas des diaconesses, les femmes diacres des premiers temps du christianisme… Mais elles lui demandent aussi pourquoi des religieuses ne pourraient pas diriger certains dicastères, elles qui constituent les deux tiers de la vie consacrée!

Ce mouvement ne remonte-t-il pas aussi aux efforts de Jean-Paul II pour promouvoir une anthropologie centrée sur la femme, au travers de sa catéchèse sur la théologie du corps mais aussi de sa lettre apostolique «Mulieris dignitatem» publiée en 1988?

Il faut plutôt remonter à Paul VI, qui est le premier pape à réellement ouvrir les portes du Vatican aux femmes. C’est lui qui le premier nomme une femme à haute responsabilité au sein de la Curie romaine, Rosemary Goldie, sous-secrétaire du Conseil pontifical pour les laïcs. C’est lui qui noue une relation d’amitié et intellectuelle, spirituelle, avec Chiara Lubich, la fondatrice du mouvement des Focolari. Enfin, c’est le premier pape qui va nommer deux femmes docteures de l’Église, pour la première fois de l’histoire: Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne. Il a donc ouvert la voie. Chaque pape de l’histoire contemporaine s’est intéressé à sa façon au «deuxième sexe».

Jean-Paul II, lui, va surtout avoir un comportement inédit pour un pape avec les femmes: après avoir noué, dans son passé, de nombreuses amitiés chastes avec les femmes, il n’éprouve aucune gêne en leur présence, et n’hésite pas à les prendre publiquement dans les bras. Il développe aussi toute une réflexion philosophique, voire poétique, avec sa notion de «génie féminin», et anthropologique avec sa lettre apostolique Mulieris dignitatem («la dignité de la femme») mais aussi sa «Lettre aux femmes» de 1995. Ses catéchèses sur la théologie du corps s’intéressent à la sexualité humaine, au mariage et à la famille mais ce qui est intéressant c’est qu’elles lui sont directement inspirées par son amitié de toute une vie et sa collaboration intellectuelle et pastorale avec Wanda Poltawska, psychiatre polonaise, qui est l’une des protagonistes de mon livre. Benoît XVI aussi s’intéresse de près aux femmes en menant diverses catéchèses sur de grandes saintes de l’histoire de l’Église catholique et en attribuant le titre de docteur de l’Église à Hildegarde de Bingen en 2012. C’est aussi lui qui choisira le premier une femme, religieuse, pour les fameuses méditations du chemin de croix du Vatican.

Le risque serait de tout voir par le prisme du cléricalisme, contre lequel lutte, justement, le pape François.

Cependant, François institue un véritable tournant en s’intéressant de manière très concrète aux manières de faire davantage fructifier les talents propres aux femmes au sein de l’Église, par des réformes sur le plan théologique, liturgique et structurel, comme vu plus haut. Il est intéressant de noter qu’il s’intéresse aussi de manière insistante à la condition des femmes dans la société, n’hésitant pas à réclamer pour elle un salaire égal à celui des hommes, ou à dénoncer la traite dont elles font l’objet par le fléau de la prostitution, également présent à Rome, comme il l’a encore dénoncé tout récemment dans l’avion de retour d’Irak!

Le risque n’est-il pas également de s’aventurer dans des combats plus idéologiques que théologiques, comme avec la candidature d’Anne Soupa à l’évêché de Lyon, que vous rapportez au début de votre ouvrage?

En effet, le risque de réduire la question de la place des femmes dans l’Église à l’ordination de femmes prêtres existe, et c’est souvent ainsi qu’il est hélas présenté dans les médias généralistes. Le risque serait de tout voir par le prisme du cléricalisme, contre lequel lutte, justement, le pape François. Je le rejoins ici. Pourtant, nombre de religieuses et laïques élèvent aujourd’hui la voix pour changer les choses sans revendiquer l’accès à la prêtrise et un éventuel «pouvoir», étant au contraire dans une logique de service - comme devrait le demeurer d’ailleurs le sacerdoce.

À l’image de l’historienne italienne Lucetta Scaraffia, de la théologienne française Anne-Marie Pelletier, ou des religieuses de l’Union internationale des supérieures générales (UISG), nombre de baptisées proposent bien d’autres manières de donner davantage de place aux femmes dans l’Église. Quelques exemples. Elles pourraient davantage enseigner dans les séminaires. Les travaux de théologiennes et biblistes pourraient y être davantage cités. Les religieuses de l’UISG, qui œuvrent au quotidien, sur le terrain, dans des écoles, hôpitaux ou association, en mission dans des pays en voie de développement, pourraient davantage être sollicitées lors de colloques du Vatican et avoir le droit de vote au Synode. C’est d’ailleurs un religieux qui a montré son embarras lors d’un précédent synode: étant membre de plein droit et donc autorisé à voter, il avait demandé pourquoi les religieuses n’avaient pas elles aussi cette possibilité. Des laïcs, dont des femmes, pourraient être autorisés à mener des prédications lors de messes, sous formes de mandat. Elles pourraient encore participer, pourquoi pas, à des conclaves. Enfin, la capacité d’écoute et d’empathie de nombre d’entre elles serait un atout non négligeable dans les institutions chargées d’écouter les victimes d’abus sexuels, et ainsi œuvrer à traverser la plus grande crise traversée par l’Église depuis des décennies…

 
 
 
 

أضف تعليق


كود امني
تحديث