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« Le judaïsme n’a pas inventé le dieu de la Bible, mais transformé un culte secret en religion officielle »


Et si les origines du dieu unique étaient antérieures au peuple juif ? C’est ce qu’affirme le chercheur en études bibliques Nissim Amzallag, qui, en s’appuyant sur de récentes découvertes archéologiques, propose une lecture nouvelle de l’Ancien Testament.

Propos recueillis par Youness Bousenna
Publié le 24 janvier 2021 à 01h02 - Mis à jour le 24 janvier 2021 à 12h09
Temps deLecture 11 min.
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Les montagnes du désert de Judée vues depuis la rive ouest de Jéricho, mars 2016.
Les montagnes du désert de Judée vues depuis la rive ouest de Jéricho, mars 2016. THOMAS COEX, - / AFP
Entretien. La carrière de Nissim Amzallag est étonnante. Avant de s’engager dans la recherche biblique, ce normalien était docteur en botanique et spécialisé en biologie végétale. Aujourd’hui docteur en études bibliques, il est chercheur au département Bible, archéologie, Proche-Orient ancien à l’université Ben-Gourion du Néguev, en Israël.

Dans La Forge de Dieu (éditions du Cerf, 2020), il expose le résultat de dix années de recherches qui l’ont conduit à formuler une hypothèse nouvelle sur les origines du dieu des monothéismes : les Israélites n’auraient pas « inventé » Yahvé, mais adopté une divinité secrète née dans un milieu de forgerons issus d’un peuple méconnu, les Qénites.


En quoi les hypothèses actuellement dominantes sur l’apparition du Dieu unique de la Bible, auquel Israël a donné le nom de Yahvé (ou Yahweh, YHWH), vous paraissent-elles insatisfaisantes ?
Nissim Amzallag. On considère généralement que l’originalité des Hébreux a été de transformer un dieu ordinaire, tel un dieu de l’orage ou protecteur d’une tribu, en un dieu unique. Je m’oppose à cette idée, comme à celle qu’il existerait un lien exclusif entre Yahvé et Israël. Cette vision procède d’un anachronisme transposant au passé lointain le culte de Yahvé tel qu’il était pratiqué à une époque tardive.

Cette lecture, qui est celle de la recherche moderne, entérine implicitement l’idée d’une découverte miraculeuse du dieu unique – que la Bible attribue à Abraham et que la recherche, par une sorte de théologie laïque, décale pour l’attribuer à Isaïe ou à un illustre théologien anonyme.

« Ce qui saute aux yeux dans l’Ancien Testament, c’est l’inadaptation chronique des Hébreux au culte de Yahvé »

Or, cette approche, qui n’est appuyée par aucune démonstration solide, n’est pas satisfaisante. Elle n’explique pas pourquoi d’autres peuples du Levant, avec une histoire similaire, n’ont pas aussi évolué vers un dieu unique. Elle ne lève pas non plus le voile sur de nombreuses obscurités du texte biblique, ni ne permet de répondre à ce qui saute pourtant aux yeux dans l’Ancien Testament : l’inadaptation chronique des Hébreux au culte de Yahvé, et vice versa, est un leitmotiv récurrent – de l’épisode du veau d’or dans l’Exode à Josué qui, récapitulant l’alliance entre Yahvé et les tribus d’Israël au chapitre 24 de son livre, les avertit des difficultés à n’adorer que lui.

Cette inadéquation entre Yahvé et Israël pose mécaniquement une question : pourquoi ce peuple a-t-il choisi un dieu inadapté à son mode de vie ?

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