رابطة قدامى الإكليريكية البطريركية المارونية

Prêtres en couple, « amantes clandestines » : le tabou de l’Eglise

 

Depuis le XIIe siècle, les prêtres catholiques sont astreints au célibat. Pourtant, il arrive que certains d’entre eux vivent une relation amoureuse. Une situation difficile à assumer, autant pour les intéressés que pour l’institution.

Par Justine Rodier

Publié le 03 janvier 2021 à 02h57 - Mis à jour le 03 janvier 2021 à 15h45 

Temps deLecture 11 min.

Article réservé aux abonnés

Après sept ans de relation clandestine, Marie-Laurence Brunet et Bernard Chalmel se sont mariés en 2006.
Après sept ans de relation clandestine, Marie-Laurence Brunet et Bernard Chalmel se sont mariés en 2006. JUSTINE RODIER

Au volant de sa voiture, Irène (le prénom a été modifié), la cinquantaine, jette un œil furtif à la maison de son compagnon. Comme d’habitude, elle la dépasse et se gare quelques rues plus loin. En revenant à pied, elle passe devant les fenêtres des voisins et accélère le pas. Le palier à peine franchi, elle court tirer les rideaux. Le lendemain matin, elle filera aussi discrètement qu’elle est arrivée. Lui refera le lit, rangera la maison, boira un second café et partira au presbytère.

Depuis le début de leur relation il y a vingt ans, ils se voient une ou deux fois par mois et ont intériorisé des règles de prudence pour cacher leur double vie. Jamais plus de deux jours de vacances, partir loin, scruter le parking de l’hôtel pour vérifier qu’il n’y a personne de leur département, scanner du regard les salles des restaurants avant de s’asseoir. Dehors, retenir tout geste de tendresse. « Même au milieu des champs, on ne se tient pas la main. Si quelqu’un nous surprenait, nous serions indéfendables », murmure Irène en baissant les yeux.

Irène fait partie de ces femmes qui entretiennent une relation avec un prêtre. Elles se voient comme des « amantes clandestines » et vivent dans le silence, la solitude et le mensonge.

Impossible de savoir combien de couples se trouvent dans cette situation en France. « L’ordre de grandeur qui revient souvent, c’est un prêtre sur trois, voire deux prêtres sur trois, qui aurait une relation physique ou amoureuse avec une femme ou un homme, indique Jean-Louis Schlegel, sociologue des religions. Mais dans l’ignorance des chiffres, certains ont tendance à minorer ou majorer leurs estimations en fonction de leur position sur le célibat… », prévient-il.

« Emprisonnée dans ce secret »

Dans l’Eglise catholique, le célibat n’a pas toujours été la norme. Cette règle a été instaurée au XIIe siècle « pour éviter des lignées de prêtres de pères en fils qui se transmettent le patrimoine de la communauté catholique », explique Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers. Au sein de la sphère chrétienne, les catholiques sont les seuls à la suivre : les protestants ou les orthodoxes, par exemple, peuvent se marier.

Pour dissimuler leur double vie, ces femmes inventent des histoires à leurs proches et changent de sujet si on leur demande des détails. « Je déteste mentir, j’ai honte, souffle Irène. C’est tortueux pour l’image que j’ai de moi. Je me suis emprisonnée dans ce secret. » Elle en a tout de même parlé à deux amis et à ses enfants. Du côté du prêtre, personne ne se doute de rien. « Il a trop honte d’avouer à ses proches qu’il a trahi son engagement religieux », confie-t-elle tristement.

Il vous reste 82.39% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

أضف تعليق


كود امني
تحديث