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« Racisé », « racisme d’Etat », « décolonial », « privilège blanc » : les mots neufs de l’antiracisme

 

Par Anne Chemin , Marc-Olivier Bherer , Julia Pascual et Séverine Kodjo-Grandvaux

Publié le 26 juin 2020 à 06h00, mis à jour hier à 14h23

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ENQUÊTELes notions de référence des collectifs politiques apparus dans les années 2000 et luttant contre les discriminations raciales ne sont plus celles des années 1990. Ces mouvements ­insistent sur le poids de l’héritage ­colonial et sur le caractère « systémique » des discriminations.

Depuis une vingtaine d’années, un nouveau lexique s’est imposé dans le monde de l’antiracisme. « Privilège blanc », « personne racisée », « pensée décoloniale », « racisme d’Etat » : ces termes couramment employés par les collectifs militants de l’antiracisme « politique » nés dans les quartiers populaires à partir des années 2000 ne cessent d’engendrer d’ardentes controverses. Au nom de l’universalisme républicain, nombre d’intellectuels dénoncent cette « racialisation » et cette « essentialisation » du débat public.

Le vocabulaire politique de ces nouveaux militants renvoie à une évolution de la conception du racisme. Les mouvements antiracistes « traditionnels », qu’il s’agisse de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) ou de SOS Racisme, défendent une « conception individuelle et morale du racisme », rappellent les chercheurs Fabrice Dhume, Xavier Dunezat, Camille Gourdeau et Aude Rabaud dans Du racisme d’Etat en France ? (Le Bord de l’eau, 200 p., 20 euros) : il serait le fait d’« acteurs déviants, isolés, adhérant à la doctrine raciste et/ou portés par une idéologie violente ». Pour les combattre, il faudrait donc sanctionner leurs débordements et changer leurs mentalités.

Tout autre est la vision des collectifs de l’antiracisme « politique » apparus il y a une vingtaine d’années. Pour le comité La Vérité pour Adama, comme pour nombre de mouvements nés en banlieue dans le sillage des émeutes de 2005, l’héritage colonial irrigue profondément, aujourd’hui encore, la société française et ses institutions.

Plutôt que de dénoncer les dérives individuelles de quelques militants nourris d’idéologie raciste, ces associations accusent l’Etat, sa police, son administration et son école de distribuer inégalement les places et les richesses – sans que ses agents affichent pour autant des convictions ouvertement « racistes ».

Cet antiracisme « politique » renoue avec la pensée de Frantz Fanon (1925-1961), qui récusait, en 1956, « l’habitude de considérer le racisme comme une disposition de l’esprit, comme une tare psychologique » : il s’agit plutôt, écrivait-il, d’« une disposition inscrite dans un système déterminé ». C’est ce que proclament, soixante ans plus tard, les collectifs de jeunes « racisés » : ils affirment subir, à l’école comme dans leurs relations avec la police, un racisme « systémique » diffus, souvent discret, dont les personnes « blanches » n’ont pas toujours conscience – c’est pour cette raison qu’ils plaident parfois pour des réunions « non mixtes ».

 

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