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Ordination de 130 nouveaux prêtres: «La France est désormais un pays de mission»

Ordination de 130 nouveaux prêtres: «La France est désormais un pays de mission»

130 nouveaux prêtres sont ordonnés en France en 2021.
 
130 nouveaux prêtres sont ordonnés en France en 2021. AFP

FIGAROVOX/TRIBUNE - 130 nouveaux prêtres sont ordonnés en France tout au long du mois de juin. À cette occasion, l'abbé Pierre Amar revient sur la situation de l'Église aujourd'hui et sur les défis auxquels ces jeunes prêtres seront confrontés.

 

L'abbé Pierre Amar est prêtre dans les Yvelines et rédacteur sur padreblog.fr . Son dernier ouvrage paru est Hors Service (Artège, 2019).

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On ordonne en France ces jours-ci 130 nouveaux prêtres. Ils ne seront pas de trop, à commencer par les 26 d'entre eux (du jamais vu !) ordonnés au sein de la Communauté Saint-Martin au cours de deux cérémonies distinctes, précaution sanitaire oblige. Depuis 2000 ans, leur mission est inchangée, à la fois vertigineuse et exaltante: donner Jésus et le faire aimer. Mais dans quel paysage arrivent-ils?

 

En effet, les mois écoulés n'ont pas affecté les seuls rouages économiques, politiques et sociaux de notre pays. Ils ont aussi accéléré et amplifié certaines tendances dans l'Église de France. Le premier indicateur est celui des chiffres: certains diocèses évoquent une baisse significative du taux de pratique. Il s'agit souvent de personnes âgées, dissuadées de sortir de chez elles par crainte de la contamination, et qui ont trouvé un certain confort à la diffusion télévisée ou digitalisée des messes. En fait, les restrictions semblent avoir eu raison de la pratique religieuse lorsque celle-ci n'était que ponctuelle ou peu ancrée.

Bien sûr, des poches de forte pratique catholique se confirment selon des configurations géographiques, sociales ou affinitaires déjà repérées.

Mais dans certaines régions où l'Église peinait déjà, on ne parvient plus à tenir le territoire au moyen d'un maillage paroissial traditionnel. Dans le diocèse de Reims par exemple, en combinant le nombre des prêtres et leur moyenne d'âge, l'archevêque (Mgr Eric de Moulins-Beaufort) a dû être pragmatique: il a repéré 11 lieux eucharistiques. Il sait que la messe pourra y être assurée chaque dimanche dans les décennies qui viennent avec une assemblée significative, des capacités d'accueil, de formation, de partage et de solidarité convenables. Des monastères et des sanctuaires, définis comme des «lieux ressources», ont également été repérés. L'évêque a donc proposé que les prêtres et les diacres ne soient plus associés à un lieu déterminé mais à un «espace missionnaire» dans lequel ils auront à être, autant que possible, itinérants. On admet définitivement une réalité affirmée en son temps: la France est désormais un pays de mission.

Le manque de prêtres est plutôt une conséquence et non la cause de l'effacement de la foi catholique: moins de chrétiens veut dire logiquement moins de prêtres !

Pierre Amar

La rupture est toujours plus forte entre les configurations rurales et urbaines. Certaines nouvelles réalités sont déjà en train de poindre, comme des déséquilibres accélérés entre des territoires et des pratiques, avec des diocèses sans prêtres et des diocèses dynamiques (dans le diocèse d'Arras, par exemple, la moitié des prêtres ont plus de 80 ans). La voix des catholiques fervents se fait un peu plus retentir et, au sein du «catholand», des tensions semblent s'accélérer sur des thèmes déjà assez identifiables: enseignement catholique et enseignement hors contrat, liberté et expression publique du culte, sensibilités liturgiques, primauté du social, accueil des migrants, dialogue avec l'islam… Dans un contexte complexe de relation à la société postmoderne, il n'est peut-être pas impossible que les tensions qui traversent l'épiscopat allemand ou américain, s'importent en France.

L'âge médian des prêtres est de 75 ans et, depuis déjà plusieurs années, pour un jeune prêtre ordonné, 12 sont enterrés. Pour autant, le ratio entre le nombre de prêtres et les fidèles demeure stable. Le manque de prêtres est plutôt une conséquence et non la cause de l'effacement de la foi catholique: moins de chrétiens veut dire logiquement moins de prêtres !

La crise dont nous sortons n'a-t-elle pas non plus révélé l'humanité des prêtres, à travers leurs caractères et leurs tempéraments? Selon qu'ils soient sanguins, flegmatiques ou mélancoliques, ils n'ont pas manqué de susciter des réactions de la part des fidèles, qui ont fustigé tantôt l'inconscience des uns tantôt l'abandon des autres… La vérité, c'est que beaucoup font le dos rond. Surtout des prêtres diocésains quand ils sont isolés, avec ce mélange de burn-out (épuisement par excès de travail) et de bore out (par absence de sollicitation ou de perspectives). Un journaliste de l'hebdomadaire Famille Chrétienne vient de s'en faire l'écho dans un texte d'une profonde délicatesse.

Si un jeune homme s'engage pour toute la vie, cela n'est possible que parce que Dieu s'engage lui aussi. Le Seigneur ne lui promet pas une vie facile et confortable: d'ailleurs, le prêtre n'en voudrait pas. Mais il sait que Dieu sera là, toujours aimant, toujours présent.

Pierre Amar